Dans la cité phocéenne, le 30 juin 1998, il fait une journée magnifique. Mon frère Rémi agé de 12 ans et moi de 15 ans allons à la plage du Prado. L'eau a des reflets dorés et azurés sous les rayons denses d'un soleil vibrant ... Les sacs plastique s'embrassent et les gens se grattent. Bref, le paradis Marseillais.


Rester statique sur cette plage reviendrait à s'immoler par le sable, alors on s'amuse, on court, on plonge et on replonge à partir d'une digue ( ironie du sort, elle est faite pour mettre les handicapés dans l'eau ! ). Bien entendu on ne se doutait pas un instant du drame qui allait se dérouler, sans quoi on serait rentré vite fait à la maison jouer à la playstation ou regarder quelques vidéos pornos de notre ex beau-papa. Nous sommes nombreux à plonger, ca vient de nouveau à mon tour et je dis à mon frère : << Rémi, on fait le dernier plongeon et on va au Quick à l'Escale-Borely !


C'est alors que je recule pour prendre beaucoup d'élan, je cours, je cours toujours, je m'élance, je décolle, je vole, je croise une mouette ou deux puis PLOUF suivi de BAMMMMMMMMMMMMMMM et de CRAAAC ! Un choc d'une violence inouïe ! Ma tête frappe le fond, mon cou s'est brisé. Mes bras ne bougent plus, mes jambes non plus, je suis toujours conscient, à plat ventre, au fond de l'eau, mon corps m'a totalement abandonné et je me noie. Que m'arrive t-il ? Je ne comprends pas. Aucune douleur malgré la gravité de la blessure, j'avale une première tasse, une seconde, une troisième ... Mon frère est juste à côté de moi, comment lui faire comprendre ma détresse ?


Il croit à une blague ( normal, on a pour habitude de mourir 10 fois par jour depuis le jour de sa naissance ou presque ). Bref, n'ayant que 2 poumons je sens que la fin est proche ... Par chance j'arrive à tourner suffisamment la tête pour réussir à mordre très fort le mollet de Rémi. Il a très mal et a envie de me frapper ... Inutile de dire que ce n'est pas vraiment le moment. Finalement il se dit qu'il y a un vrai problème et me met enfin sur le dos ! Ouf je respire ! Ça fait du bien, dans ces moments là on se met à apprécier l'odeur du dyoxyde de carbone. Quoi que ... Ca puire messire ! Ca puire !


- Ramène-moi sur la plage ! Je ne peux plus bouger, je te jure que je ne rigole pas !


Il me tire sur une dizaine de mètres, me voila en sécurité allongé sur le sable fin aux mille et une bouteilles cassées et aux seringues usées.


- Aidez-moi, je ne peux plus bouger ! Aidez-moi !


Des dizaines de baigneurs hébétés forment un cercle autour de moi, me regardant comme étant la nouvelle attraction organisée par le Maire Jean-Claude Gaudin. C'est alors que mon frère prend les choses en main, il court vers le poste de secours situé à plus d'une centaine de mètres, il rentre en criant :


- Mon frère ne bouge plus ! Venez vite ! Mon frère ne bouge plus !
- J'espère que ce n'est pas une blague, répond le secouriste. ( D'un point de vu strictement personnel, j'aurais préféré que ça le soit ! )
- Regardez tous les gens là-bas, ils sont autour de mon frère ! Venez vite !

Rémi revient en courant vers moi, il me regarde, je vois les larmes couler sur son visage tout en essayant de me rassurer.


Les secouristes arrivent avec un brancard, ils me mettent une minerve et m'emmène au poste de secours. Pendant ce temps mon frère se presse de téléphoner à notre mère qui est à son travail, il cri :


- IL EST MORT MAMAN ! IL EST MORT ! C'était sans compter le fait que je compte bien lui casser les couilles encore longtemps.


Après de multiples longs et douloureux séjours à l'hôpital, même si aujourd'hui je suis cloué dans un fauteuil roulant, je lui dois la vie.


Et ils eurent beaucoup d'enfants ... ( Enfin, surtout lui ! Il est l'heureux papa d'un petit garçon au doux nom d'Anthony ). Quant au Quick, pas de regrets, je n'ai jamais vraiment aimé ça.

THE END